L’article 34 n’a rien d’une relique poussiéreuse : il fixe qui, du législateur ou du gouvernement, tient réellement la plume dans le roman des libertés publiques. En coulisses, pourtant, la frontière entre loi et règlement se brouille, les textes s’entrecroisent, et le citoyen cherche sa place dans ce labyrinthe normatif.
RGPD, loi informatique et libertés, CCAG FCS, riposte contre la désinformation… Ces dispositifs ne surgissent pas du néant. Ils s’insèrent dans l’architecture posée par la Constitution et dessinent une toile où normes européennes et françaises s’entremêlent. Entre les obligations imposées aux entreprises, les garanties données aux particuliers et la vigilance des institutions, chaque acteur doit trouver son équilibre dans ce maillage de règles.
Article 34 de la Constitution : quel rôle dans la protection des droits et la régulation publique ?
Posé comme une boussole, l’article 34 de la Constitution délimite avec précision le champ de la loi face au règlement. Le Parlement y trouve un socle solide : il détient le pouvoir de fixer les règles touchant aux droits civiques, à la nationalité, à la définition des crimes et délits, ou à l’exercice effectif des libertés publiques. Ce texte ne se contente pas de décorer le fronton des institutions. Il garantit que les principes fondamentaux ne pourront pas être modifiés d’un simple trait de plume ministériel.
Cette répartition des compétences n’est pas théorique. Elle irrigue la pratique administrative, protège la prévisibilité du droit et limite l’arbitraire. Les discussions récurrentes sur l’emballement législatif ou la frontière mouvante entre loi et règlement témoignent de la tension permanente entre innovation normative et sécurité juridique. Dans ce contexte, la Commission constitutionnelle veille à l’équilibre des pouvoirs et le Conseil constitutionnel, par ses décisions, modèle peu à peu la frontière entre intervention parlementaire et autonomie de l’exécutif.
Certains dispositifs illustrent la souplesse de l’article 34. Prenons l’Analyse des Pratiques Professionnelles (APP) : l’encadrement légal de certains métiers, la définition des formations et l’homologation des certifications (celles de France Compétences, par exemple) relèvent d’une intervention du législateur. La loi établit le cadre, le gouvernement se charge des détails pratiques. Cette articulation entre protection des droits et intérêt collectif structure la démocratie au quotidien.
Pour mieux cerner les apports de l’article 34, voici les axes principaux sur lesquels il influe :
- Définition claire du domaine législatif : les citoyens disposent ainsi d’une référence stable
- Organisation des relations entre administration et administrés : un pilier de la confiance démocratique
- Validation des formations et des certifications : les professionnels peuvent s’appuyer sur une sécurité juridique renforcée
Ce que changent le RGPD et la loi informatique et libertés pour les citoyens et les entreprises
L’entrée en vigueur du RGPD et la refonte de la loi informatique et libertés bouleversent le paysage de la protection des données personnelles. Pour le citoyen, le gain est palpable : chacun peut demander à accéder, modifier, contester ou transférer ses données. La notion de « personne concernée » s’affirme. L’utilisateur d’un service en ligne n’est plus passif ; il devient acteur et décideur de ce qui le concerne.
Côté entreprises, difficile de se contenter d’un affichage cosmétique. Le cadre impose des devoirs précis : désigner un responsable du traitement, cartographier les traitements, limiter la collecte, afficher une politique de transparence. La CNIL veille au grain et n’hésite pas à sanctionner lourdement les manquements. La conformité n’est plus un argument marketing, mais une condition de survie.
Quelques changements majeurs s’imposent aux différents acteurs :
- Renforcement des droits individuels : consentement explicite, droit à la suppression, possibilité de limiter certains traitements
- Responsabilisation accrue des entreprises : documentation rigoureuse, évaluations d’impact, signalement immédiat des failles de sécurité
Le droit s’adapte à la transnationalité du numérique. Les traitements doivent être justifiés, leur objectif défini avec précision. Lorsque les données traversent les frontières, la protection doit demeurer homogène. La régulation s’étend désormais bien au-delà du périmètre européen et impose ses standards aux géants mondiaux. Les citoyens voient leur marge de manœuvre s’élargir, tandis que les entreprises se voient imposer une discipline nouvelle. L’équilibre entre innovation technologique et respect de la vie privée se négocie chaque jour sur le terrain juridique.
Comment les nouveaux dispositifs législatifs (CCAG FCS, DSA, IA Act) répondent aux défis de la commande publique et de la désinformation
Le CCAG FCS, nouvelle référence pour la commande publique, rebat les cartes en matière de relations contractuelles entre l’État et ses fournisseurs. Désormais, la souveraineté numérique, la transparence des procédures et la sécurisation des données s’invitent dans chaque contrat. L’exigence de conformité au RGPD devient incontournable dès le montage de l’offre. Les opérateurs économiques doivent intégrer ces contraintes en amont pour espérer rester dans la course.
Sur la scène européenne, deux textes majeurs s’imposent : le DSA (Digital Services Act) et l’IA Act. Le DSA vise à encadrer la diffusion de contenus illicites, à renforcer la modération, à exiger la traçabilité des prestataires et à protéger les utilisateurs. Les plateformes numériques doivent désormais signaler sans délai les menaces graves, collaborer avec les autorités et freiner la propagation de la désinformation. Les règles du jeu changent : les géants du web doivent assumer une part de responsabilité jamais vue jusqu’alors.
L’IA Act, quant à lui, définit un périmètre de contrôle précis sur l’intelligence artificielle dans le secteur public. Les systèmes à haut risque, qu’il s’agisse de marchés publics ou de gestion de données sensibles, sont soumis à des audits stricts. Les acheteurs publics doivent revoir leur stratégie, garantir la conformité des solutions adoptées et veiller au respect des standards fixés par l’Europe, tant sur le plan technique qu’éthique.
Loin de constituer de simples obligations supplémentaires, ces dispositifs dessinent une dynamique nouvelle pour la régulation du numérique et la protection de l’espace public. Leur adoption conditionne désormais l’accès aux marchés, la réputation des organisations et la confiance du public. Rester à la traîne, c’est risquer l’exclusion. Prendre le train en marche, c’est accepter de jouer selon des règles plus exigeantes, mais aussi plus protectrices pour tous.


